Dans la majorité des familles faisant partie de la classe moyenne et de l’élite économique haïtienne, il y a, à leur service, une servante, fréquemment appelée bonne, qui prend en charge les tâches ménagères ou domestiques telles que : opérer le lessivage, s'occuper du nettoyage de la maison, repasser les vêtements, faire les courses, cuisiner, et même emmener les enfants à l’école. Ces responsabilités incombées à la bonne permettent à ses patrons de vaquer tranquillement à leurs besognes professionnelles et d'avoir du temps pour le loisir . Quelles lois ont été édictées en faveur de leur bien-être ? En fonction des lourdes charges qu'elles effectuent, comment sont-elles rémunérées ? Quels traitements reçoivent-elles ? Plus important encore, en ce temps où Covid-19 fait ravage, qu'envisage l'État Haïtien pour cette catégorie de main-d'oeuvre tant exploitée et évidemment dépourvue ?
Selon le segment E du récent rapport du Conseil Supérieur des Salaires (CSS), le salaire mensuel minimal pour le personnel de service à domicile, pour huit heures de travail par jour, est de 4730 gourdes (946 dollars haïtiens). Avec la décote de la Gourde, la flambée de l’inflation et la crise stagnante de l'économie nationale, pour des employés qui travaillent plus de 10 heures par jour et qui n'ont aucune autre source de revenus, leur piètre salaire ne leur permet de rien économiser pour réaliser un projet considérable après avoir répondu à leurs préoccupations premières, à savoir : les frais d'écolage des enfants, le paiement du loyer, la prise en charge des soins de santé, pouvoir nourrir la maison, etc.
Outre leur sordide salaire, leur dépendance dans des maisons coûtant plus de 6000 dollars américains n'est guère différente des cages pour chiens. Elles sont celles qui sont astreintes à se réveiller le plus tôt et à se coucher le plus tard de la maison ; elles sont très souvent victimes de harcèlement moral et sexuel ; les enfants des patrons s'irritent contre elles, leur apostrophent souvent de manière impolie et leur traitent comme des esclaves. Aucune des lois élaborées dans le code du travail mis en place en 2006 par des féministes n'est appliquée même celle attestant que ces personnes devraient toucher à un Boni entre le 24 et le 31 décembre.
Parallèlement, l'Économie haïtienne dévisse inlassablement depuis plus de deux ans. L’inflation a dépassé les 20%. La Gourde a perdu un tiers de sa valeur en moins d’une année. Pourtant, pour encourager la population à limiter ses déplacements durant la période de confinement, le chef d'État a annoncé que le gouvernement va distribuer des rations alimentaires sèches à un peu plus d’un million de familles et de l’argent cash à 1.5 millions de familles parmi les plus vulnérables du pays. Il a aussi promis d’apporter le soutien de son administration aux Citoyens frappés par la pandémie. Considérons que ces mesures élaborées par notre très cher et honorable président comme la promesse d'électricité 24/24 qu'il nous a faite, « Boundanini » !
Ainsi il sied de rappeler à l’employeur qu'il a un devoir de protection de la personnalité de son employé ; il doit notamment prendre toutes les mesures nécessaires et adaptées pour protéger la santé de celui-ci. Surtout ici où les employés de maison sont souvent très peu cultivés. Les employeurs doivent leur informer des mesures à adopter pour éviter toute contamination et propagation du virus, en les invitant par exemple à se laver les mains de temps en temps, à minimiser les contacts physiques. Et au cas où un employeur voudrait licencier son employé bêtement, il devrait songer à la famille de ce dernier qui n'a certainement aucune autre voie de « déboucher » pour passer le cap du confinement.
Auteur: Elisabeth Elustin

Très instructifs. On a eu le même cas. On a dû donner un congé à la ménagère le temps que le confinement prenne fin et que les risques de contamination ne soient plus à craindre.
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